10.03.2008

*Liaisons Dangereuses*

Un peu de littérature....dans ce monde impur ;-)

**Vous a-t-on déjà conté l'aventure de la petite Volanges?
Certains paraissent en faire si peu de cas....
Comme si ce n'était rien, que d'enlever, en une soirée, une jeune fille à son Amant aimé, d'en user ensuite tant que l'on veut et absolument comme de son bien, et sans plus d'embarras.... D'en obtenir ce qu'on ose même pas exiger de toutes les filles dont c'est le métier; et cela sans la déranger en rien de son tendre amour...
En somme, qu'après la fantasie passée de ce cher Valmont, il la remette entre les bras de son Amant, pour ainsi dire, sans qu'elle ne se soit aperçue de rien**


Extrait de la lettre 97: Cécile de Volanges à la Marquise de Merteuil
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"Apprenez donc... ma main tremble, comme vous voyez, je ne peux presque pas écrire, je me sens le visage tout en feu. Ah! c'est bien le rouge de la honte. Hé bien! je la souffrirai; ce sera la première punition de ma faute. Oui, je vous dirai tout........

Je ne prévoyais pas le malheur qui en arriverait.....

Hier, M. de Valmont est venu dans ma chambre, comme j'étais endormie; je m'y attendais si peu, qu'il m'a fait bien peur en me réveillant; mais comme il m'a parlé tout de suite, je l'ai reconnu, et je n'ai pas crié...
Il a voulu m'embrasser; et pendant que je me défendais, comme c'est naturel, il a si bien fait, que je n'aurais pas voulu pour toute chose au monde qu'il restât comme ça. Mais lui voulait un baiser auparavant. Il a bien fallu, car comment faire?
Ensuite il ne s'est pas retiré davantage. Il en a voulu un second; et celui-là, je ne savais pas ce qui en était, mais il m'a toute troublée, et après, c'était encore pis qu'auparavant. Oh! par exemple, c'est bien mal ça. Enfin après..., vous m'exempterez bien de dire le reste....

Ce que je me reproche le plus, et dont il faut pourtant que je vous parle, c'est que j'ai peur de ne m'être pas défendue autant que je le pouvais. Je ne sais pas comment cela se faisait: sûrement, je n'aime pas M. de Valmont, bien au contraire; et il y avait des moments où j'étais comme si je l'aimais. Vous jugez bien que ça ne m'empêchait pas de lui dire toujours que non; mais je sentais bien que je ne faisais pas comme je disais; et ça, c'était comme malgré moi; et puis aussi, j'étais bien troublée! S'il est toujours aussi difficile que ça de se défendre, il faut y être bien accoutumée! Il est vrai que ce M. de Valmont a des façons de dire, qu'on ne sait pas comment faire pour lui répondre: enfin, croiriez-vous que quand il s'en est allé, j'en étais comme fâchée, et que j'ai eu la faiblesse de consentir qu'il revînt ce soir."

(Les liaisons dangereuses-Pierre Choderlos de Laclos)

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05.01.2008

*Si*

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te remettre à rebâtir,
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils

 

Kipling

14.02.2007

*Oh le progrès*

Que faisait-on avant le progrès?

Boire? Manger? Danser? Dormir? Ou peut-être tout simplement rien.... 

Et puis "rien" d'abord, c'est quoi?

*c0tine pensive* 

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"Il y a longtemps - mais longtemps ce n'est pas assez pour vous donner l'idée... Pourtant comment dire mieux?

Il y a longtemps, longtemps, longtemps; mais longtemps, longtemps.

Alors, un jour... non, il n'y avait pas de jour, ni de nuit, alors une fois, mais il n'y avait... Si, une fois, comment voulez-vous parler ? Alors il se mit dans la tête (non, il n'y avait pas de tête), dans l'idée... Oui, c'est bien cela, dans l'idée de faire quelque chose.

 Il voulait boire. Mais boire quoi ? Il n'y avait pas de vermouth, pas de madère, pas de vin blanc, pas de vin rouge, pas de bière Dréher, pas de cidre, pas d'eau! C'est que vous ne pensez pas qu'il a fallu inventer tout ça, que ce n'était pas encore fait, que le progrès a marché. Oh! le progrès !

Ne pouvant pas boire, il voulait manger. Mais manger quoi ? Il n'y avait pas de soupe à l'oseille, pas de turbot sauce aux câpres, pas de rôti, pas de pommes de terre, pas de bœuf à la mode, pas de poires, pas de fromage de Roquefort, pas d'indigestion, pas d'endroits pour être seul... nous vivons dans le progrès! Nous croyons que ça a toujours existé tout ça!

Alors ne pouvant ni boire, ni manger, il voulut chanter. Chanter (triste), oui, mais chanter quoi ? Pas de chansons, pas de romances, mon cœur! petite fleur! Pas de cœur, pas de fleur, pas de laï-tou: tu t'en ferais claquer le système ! Pas d'air pour porter la voix, pas de violon, pas d'accordéon pas d'orgue, (geste) pas de piano ! vous savez pour se faire accompagner par la fille de sa concierge; pas de concierge! Oh! le progrès!

Peux pas chanter; impossible ? Eh bien je vais danser. Mais danser où ? Sur quoi ? Pas de parquet ciré, vous savez pour tomber. Pas de soirées avec des lustres, des girandoles aux murs  qui vous jettent de la bougie dans le dos, des verres, des sirops qu'on renverse sur les robes! Pas de robes! Pas de danseuses pour porter les robes! Pas de pères ronfleurs, pas de mères couperosées pour empêcher de danser en rond !

Alors pas boire, pas manger, pas chanter, pas danser. Que faire ? – Dormir ! Eh bien, je vais dormir. Dormir, mais il n'y avait pas de nuit, pas de ces moments qui ne veulent pas passer (vous savez, quand on bâille (il bâille), qu'on bâille, qu'on bâille le soir).

Il n'y avait pas de soir, pas de lit, pas d'édredons, pas de couvre-pieds piqué, pas de boule d'eau chaude, pas de table de nuit, pas de... assez! Oh! le progrès!

Alors il voulut aimer! Il se dit : je vais me mettre amoureux; je soupirerai; c'est une distraction; je serai même jaloux; je battrai ma... Ma quoi ? Battre quoi ? qui ? Être jaloux de quoi ? de qui ? amoureux de qui ? soupirer pour qui ? Pour une brune ? Il n'y avait pas de brunes. Pour une blonde ? Il n'y avait pas de blondes, ni de rousses; il n'y avait pas même de cheveux ni de fausses nattes, puisqu'il n'y avait pas de femmes !

On n'avait pas inventé les femmes ! Oh ! le progrès!

Alors mourir ! Oui, il se dit (résigné) : je veux mourir. Mourir comment ? Pas de canal Saint-Martin, pas de cordes, pas de revolvers, pas de maladies, pas de potions, pas de pharmaciens, pas de médecins !

Alors il ne voulut rien ! (Plaintif.) Quelle plus malheureuse situation !... (Se ravisant.) Mais non, ne pleurez pas! Il n'y avait pas de situation, pas de malheur. Bonheur, malheur, tout ça c'est moderne!

La fin de l'histoire ? Mais il n'y avait pas de fin. On n'avait pas inventé de fin. Finir, c'est une invention, un progrès ! Oh ! le progrès ! le progrès !"

Coquelin Cadet- Autrefois 

 

29.01.2007

*Coup de coeur*

Pour Une Mutine Rousse! *Je vous embrasse Demoiselle* ;-)

 

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Tendre, la jeune femme rousse,
Que tant d'innocence émoustille,
Dit à la blonde jeune fille
Ces mots, tout bas, d'une voix douce

Sève qui monte et fleur qui pousse,
Ton enfance est une charmille,
Laisse errer mes doigts dans la mousse,
Où le bouton de rose brille,

Laisse-moi, parmi l'herbe claire,
Boire les gouttes de rosée
Dont la fleur tendre est arrosée,

Afin que le plaisir, ma chère,
Illumine ton front candide
Comme l'aube l'azur timide.
 
Paul Verlaine 

27.01.2007

*Avis aux amateurs(trices) de la rupture récurrente* ;-)

*En me baladant de blog en blog, j'ai découvert un tout nouveau livre (que je n'ai donc pas encore lu mais qui me semble fort amusant.... Et puis cela ne doit pas faire de mal de dédramatiser un peu cette si pénible situation de rupture amoureuse!)

Le titre: Comment lui dire adieu 

L'auteur: Cécile Slanka 

Pour vous mettre l'O à la bouche, voici:

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 "Annonciatrice
Urgent – Pour cause déménagement – vends mari – très peu servi – prix négociable
Adieu Gérard,
Josiane

Inassouvi
Ma tendre Judith,
Tu es une femme merveilleuse, j’ai une famille formidable, deux bambins adorables, un métier passionnant, une jolie maison, plein d’amis à mettre dedans... mais voilà, j’aime Sonia.
Christophe

Ambigu
Ma Belle Salope,
Devine qui te quitte ?
Pierre ou Patrick ?
P.

Opportuniste
Thierry!
Je suis enceinte! Tu peux faire tes valises, je n’ai plus besoin de toi !
Natacha

Obéissant
Lola,
Puisque tu me demandes sans cesse de rompre avec le quotidien…
Loïc"

*Virgin Suicides*

*Toujours en me promenant sur le net (tout autre style), je suis tombée sur les quelques phrases qui vont suivre...Je pense qu'elles sont tirées du livre "Virgin Suicides" de Jeffrey Eugenide adapté au cinéma par Sofia Coppola.
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 "Ainsi avons nous commencé à découvrir leur vie, à acquérir des souvenirs communs que nous n'avions pas vécus. Nous avons compris l'emprisonnement que c'est d'être une fille, qui vous oblige sans cesse à réfléchir et à rêver, et finit par vous apprendre à marier les couleurs. Nous avons appris que les filles sont des femmes déguisées. Elles comprennent l'amour, et même la mort. Et que notre seule tâche est de reproduire le bruit de fond qui semble les fasciner. Nous avons appris qu'elles savent tout de nous, et qu'elles nous demeurent insaisissables..."

22.01.2007

*Contes à guérir, contes à grandir*: Mon coup de coeur vénusien

Contes à guérir, contes à grandir est un receuil de contes écrit par Jacques Salomé (psychosociologue et écrivain français)

Je l'ai découvert il y a trois ans et j'ai rapidement été touchée par la simplicité de ses histoires ainsi que par la morale qui en découlait...  Depuis, et très régulièrement, je le lis en compagnie de mon petit frère!

Je vous livre donc, pour le plaisir, le premier conte de ce livre qui est également celui qui me parle le plus!

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medium_venus_logo1.jpg Le conte de l'homme amoureux de la planète Vénus

Un homme était amoureux de la planète Vénus et chaque soir de ciel étoilé, il s’allongeait devant sa maison pour déclarer son amour à la planète inaccessible, du moins… le croyait-il !

 Un soir où il rêvait ainsi, le cœur plein d’amour et le corps plein d’émois, il entendit une voix très douce chuchoter à son oreille :

- Je suis touchée de ta ferveur, et impatiente de te serrer dans mes bras, viens me rejoindre, viens…

Il se leva d’un bond, il avait bien reconnu la voix de l’aimée, même s’il ne l’avait jamais entendue.

La planète Vénus enfin avait perçu son amour et répondait à sa flamme.

- Mais comment puis-je faire pour arriver jusqu’à toi, je ne suis qu’un homme ?

Elle murmura toute proche :

- Regarde le rayon de lune qui scintille jusqu’à tes pieds, approche-toi, monte dessus et quand tu seras sur la Lune, tu trouveras un autre rayon que j’ai déposé pour toi et qui te conduira jusqu’à moi…

L’homme monta sur le rayon et avec facilité s’éleva jusqu’à la Lune. Sur cette planète, il découvrit comme promis le rayon de Vénus et commença à s’élever vers elle.

A mi-chemin, il eut soudain cette pensée : « Mais ce n’est pas vrai, je rêve, ce n’est pas possible qu’un homme puisse ainsi marcher sur le rayon d’une planète… »

Et avec le doute qui naquit ainsi en lui, il trébucha, tomba… et s’écrasa des milliers de kilomètres plus bas… sur Mars.

Avant de mourir, il eut le temps d’entendre la voix de son aimée qui murmurait tout contre son oreille.

- Il ne suffisait pas de m’aimer, ni de me faire confiance, encore fallait-il que tu puisses croire en tes ressources, que tu oses te faire confiance à toi-même !

Ainsi se termine le conte de l’homme qui ne savait pas que le possible est juste un petit peu après l’impossible.

21.01.2007

*Stances galantes*

Souffrez qu'Amour cette nuit vous réveille ;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c'est dormir que de ne point aimer.

Ne craignez rien ; dans l'amoureux empire
Le mal n'est pas si grand que l'on le fait
Et, lorsqu'on aime et que le coeur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.

Le mal d'aimer, c'est de vouloir le taire :
Pour l'éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n'en faites point mystère.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !

Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu'étant des coeurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre Amour agisse en roi ;

Rendez-vous donc, ô divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontés d'Amour ;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n'a point de retour.

 Molière

19.01.2007

*Delphine et Hippolyte*

Baudelaire, tout le monde le connaît de nom..

Oui mais prendre du temps pour le lire, c'est une autre histoire...Aventure même!

Moi même, je n'avais jamais pris le temps de le lire! Ce n'est qu'au détour d'un dialogue en-chanteur que j'ai découvert les femmes damnées... 


*Petit moment de volupté*

 

A la pâle clarté des lampes languissantes,
Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur
Hippolyte rêvait aux caresses puissantes
Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.
Elle cherchait, d'un oeil troublé par la tempête,
De sa naïveté le ciel déjà lointain,
Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête
Vers les horizons bleus dépassés le matin.
De ses yeux amortis les paresseuses larmes,
L'air brisé, la stupeur, la morne volupté,
Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,
Tout servait, tout parait sa fragile beauté.
Etendue à ses pieds, calme et pleine de joie,
Delphine la couvait avec des yeux ardents,
Comme un animal fort qui surveille une proie,
Après l'avoir d'abord marquée avec les dents.
Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,
Superbe, elle humait voluptueusement
Le vin de son triomphe, et s'allongeait vers elle,
Comme pour recueillir un doux remerciement.
Elle cherchait dans l'oeil de sa pâle victime
Le cantique muet que chante le plaisir,
Et cette gratitude infinie et sublime
Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir.
- "Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses?
Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir
L'holocauste sacré de tes premières roses
Aux souffles violents qui pourraient les flétrir?
Mes baisers sont légers comme ces éphémères
Qui caressent le soir les grands lacs transparents,
Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières
Comme des chariots ou des socs déchirants;
Ils passeront sur toi comme un lourd attelage
De chevaux et de boeufs aux sabots sans pitié...
Hippolyte, ô ma soeur! tourne donc ton visage,
Toi, mon âme et mon coeur, mon tout et ma moitié,
Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles!
Pour un de ces regards charmants, baume divin,
Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,
Et je t'endormirai dans un rêve sans fin!"
Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête:
- "Je ne suis point ingrate et ne me repens pas,
Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète,
Comme après un nocturne et terrible repas.
Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes
Et de noirs bataillons de fantômes épars,
Qui veulent me conduire en des routes mouvantes
Qu'un horizon sanglant ferme de toutes parts.
Avons-nous donc commis une action étrange?
Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi:
Je frissonne de peur quand tu me dis: "Mon ange!"
Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.
Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
Toi que j'aime à jamais, ma soeur d'élection,
Quand même tu serais un embûche dressée
Et le commencement de ma perdition!"
Delphine secouant sa crinière tragique,
Et comme trépignant sur le trépied de fer,
L'oeil fatal, répondit d'une voix despotique:
- "Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer?
Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!
Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
A ce rouge soleil que l'on nomme l'amour!
Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;
Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers;
Et, pleine de remords et d'horreur, et livide,
Tu me rapporteras tes seins stigmatisés...
On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!"
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: - "Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!
Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.
Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde,
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!"
- Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,
Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.
Ombres folles, courez au but de vos désirs;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.
Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.
L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.
Lion des peuples vivants, errantes, condamnées,
A travers les déserts courez comme les loups;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous!